Elsass Bike 2016

IMG_20151029_152320vosges du nordJe suis venu pour la première fois dans les Vosges du nord en avril 2015. Je recherchais alors un endroit sympa pour lancer la saison de VTT. Bien sûr, il y a le Sud… mais pour une semaine, quand on habite le Noooord ça fait loin et cher. C’est en «discutant» par hasard sur un forum avec un local passionné et serial-posteur de photos de rêve, Alain, que je me suis décidé à poser mes valises à Niederbronn-les-bains non sans une certaine méfiance quant aux promesses faites : jamais de boue, des singles partout, le tout dans des sous-bois denses et magnifiques…Trop beau pour être vrai ? Me suis donc pointé en Alsace avec femme, enfants et VTT…. sous un crachin continue. J’avais rendez-vous le lendemain matin avec Alain pour une sortie à Rothbach. Surprise, malgré la pluie de la veille le chemins étaient presque secs, sans une trace de boue, avec des singles partout, des montées amusantes et des descentes grisantes en un mot : bonheur. La gentillesse, la bonne humeur, la simplicité et les formidables coups de pédales d’Alain et de ses compères m’ont accompagné toute la semaine et, depuis, je suis retourné deux fois partager les monotraces avec cette bande de furieux au coup de guidon ravageur entre Niederbronn et Saverne. Cela fait donc plus d’un an que je tanne les copains pour faire un déplacement dans l’Est et l’occasion de l’Elsass Bike était trop belle!

 

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J’embarque donc le seul poteau disponible ce week-end là, l’infatigable Jean-Yves, pour un long week-end à Wangenbourg. Je lui est vendu rien moins que le paradis du VTT… Pourvu que l’épreuve soit à la hauteur ! Au programme 65km samedi, 65km dimanche et 30-40km lundi matin avant le retour pour près de 5000m de d+.

Nous arrivons sous le soleil le vendredi soir, après 5h30 de route, et baffrons une pizza, seule denrée trouvée à proximité du village où nous logeons, dans le gîte très sympa que nous avons dégotté, tout en regardant la Belgique se faire éliminer bêtement. Nous avons rendez-vous avec l’équipe alsacienne emmené par Alain demain à 8h. Les vélos sortent de révision, nous sommes bien préparés, tout est au vert… sauf la météo qui annonce une matinée humide. On verra bien !

 

Jour 1

7h. Il fait gris, doux et il bruine. Rien de catastrophique toutefois. Jean-Yves me charrie déjà : « Toujours sec en Elsass hein… ». Après un p’tit déj gargantuesque avec jus d’orange, café, pain- confiture, viennoiseries, charcuterie et fromage, nous prenons les vélos direction la zone de départ, 3km plus loin et 120m plus haut. Nous sommes accueillis comme des rois par le staff d’une organisation au poil, embarquons notre plaque et nos goodies (un sac elsass bike, un porte clé elsass bike, un autocollant … elsass bike et des gels) en quelques minutes à peine, rejoignons nos amis du Grand Est et c’est parti, en avant pour l’aventure !

OLYMPUS DIGITAL CAMERAOLYMPUS DIGITAL CAMERANous sommes six, le groupe est homogène et roule dans une joyeuse ambiance potache. Le ciel se dégage, j’enlève les manchettes dans la longues ascension vers le premier ravito. Les petites descentes qui inversent parfois brièvement la pente sont bien sympas, le terrain est propre, on s’amuse beaucoup même si le chemin large est plus présent que les singles pour l’instant.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAArrivés au sommet, au ravito 1, il se remet à pleuvoir un peu et l’humidité fait baisser la température d’un cran. Il ne fait plus que 12°C. Retour des manchettes. Les copains sortent la veste de pluie. Comme une buse, dans un élan d’optimisme naïf,  j’ai laissé la mienne dans la voiture d’Alain avec mon sac à goodies. Le ravito propose un peu de tout dans la bonne humeur. On prend un café chaud avant de repartir. En plus de quelques gâteaux, nous avons déjà avalé plus de 500m de d+ en 12 km. Reste plus qu’à faire descendre le tout.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAPremière dégringolade. 6 km avec de nombreux singles. C’est très plaisant mais tendu car il pleut maintenant, le terrain devient lourd et il y a des racines un peu partout. Il faut rester concentré pour éviter de partir à la faute. Devant moi un gars freine à mort, je fais de même… et mon frein arrière rend l’âme : j’ai beau coller le levier au cintre, plus rien ne se passe… Il reste un bon 40 bornes à faire dans des conditions difficiles avec juste le frein avant, ça va être chaud bouillant. A la limite tant mieux car la température continue de baisser. En bas de la pente, tout le monde est hilare, c’était top ! Avec cette pluie je craignais que mon Jean-Yves ne se mue en schtroumpf grognon mais que nenni : l’ambiance du groupe et le tracé permettent à tous de garder le sourire.

OLYMPUS DIGITAL CAMERANous continuons sur de larges chemins maintenant gorgés d’eau et de plus en plus gras. Les quelques singles que nous empruntons, tant en montée qu’en descente, sont bordés de hautes fougères qui nous déversent des litres de flotte sur les épaules. La pluie redouble d’intensité. Il commence à faire franchement froid, même pour un nordiste. Le terrain gréseux donne maintenant l’impression de rouler sur une plage du nord, de l’eau jusqu’aux chevilles : les roues s’enfoncent dans le sol, le sable s’infiltre partout, des vélos, monte un bruit de crissement hallucinant. Jean-Yves s’arrêtera même dans une rivière pour y immerger son bolide et tenter de rincer un peu la mécanique. Nos alsaciens répètent en boucle qu’ils n’ont jamais vu ça. Début mars, à la fonte des neiges à la limite mais pas un premier juillet !! Jean-Yves se marre en me répétant « 0 % boue… Tof, t’as perdu toute crédibilité ». Malgré tout, le terrain reste à peu près roulant et conserve du grippe, C’est souvent plaisant même, et nous passons d’un ravito au suivant sur nos montures qui couinent pour y réclamer un autre café bien chaud. Je galère avec mon mono-frein mais ça passe. Encore une fois, personne ne se plaint, personne ne râle, l’ambiance est bon enfant et, malgré une météo dantesque, on passe une bonne matinée. Froide et humide, mais bonne. Et puis, c’est beau les Vosges en novembre !!

OLYMPUS DIGITAL CAMERAOLYMPUS DIGITAL CAMERAOLYMPUS DIGITAL CAMERAOLYMPUS DIGITAL CAMERAOn attaque alors la dernière longue ascension. Elle alterne chemins larges et singles tortueux blindés de racines qu’il faut négocier avec agilité pour conserver de l’adhérence le tout avec une pente conséquente et serait tellement sympa sans cette satanée pluie. Tout le monde a peur pour sa monture qui pousse des gémissements à fendre l’âme. Je n’ai presque plus de frein à l’avant et un sifflement strident accompagne chaque freinage. Après un trop long passage,  le seul réellement désagréable de la sortie, dans des ornières en dévers, hautes, glissantes et remplies d’un bon 20cm de flotte que mon binôme waterman visitera, officiellement pour rincer sa tenue qui le démange à l’entre-jambes, officieusement suite à une glissade, nous atteignons le dernier ravitaillement. Nous sommes transis. Il fait à peine 8°C. Nous faisons l’erreur de nous arrêter un moment devant un feux de bois, qu’il est peu courant d’allumer en juillet, pour essayer de nous réchauffer un peu. Avec nos vêtements détrempés, nous fumons comme des chevaux après une course. J’ai des spasmes musculaires que je n’arrive pas à contrôler, mes dents jouent littéralement des castagnettes et mes mains peinent à serrer le sandwich que je mange avec voracité sur le rythme catalan que m’impose ma mâchoire sans me préoccuper plus que ça du sable qu’il y a dedans. je ne ferais pas la liste de tous les effets du froid sur mon anatomie mais tous ceux qui ont déjà pris un bain de nouvel an dans le nord savent de quoi je parle. Notre photographe alsacien ne peut plus sortir son appareil (photo…), il y a du sable partout. Il est temps que ça finisse, je n’ai jamais eu aussi froid de ma vie. A voir la tête des autres, je ne suis pas le seul à souffrir. On repart pour la dernière étape !

Après avoir bourriné dans la petite côte suivante dans l’espoir de se réchauffer, un peu, on s’engage dans la dernière descente. Et là, il se met à neiger !! Nan … mais à un moment j’y ai cru. Cette dernière cavalcade s’avère particulièrement vicieuse, piégeuse, étroite et pentue, parsemées de nids de racines et de pierres et généreuse en marches et en épingles serrées. Même par temps sec, elle doit être redoutable. Là, il drache comme jamais, il y a de la boue partout, les racines et les pierres glissent à mort … et plus personne n’a de freins. Le sable a complétement rongé la garniture des plaquettes. Une odeur de brûler accompagne Jean-Yves qui tente de s’arrêter en freinant métal contre métal. On essaie de ne pas prendre trop de vitesse ou on descend à pied ou les deux en même temps. Et finalement on revient au départ.

HEUREUX !! Une aventure MONUMENTALE en EXCELLENTE compagnie, une de celles dont on se souviendra très très longtemps !!

IMG_20160702_212003L’organisation nous accueille chaleureusement et nous félicite. On fait de même car il n’y a pas eu une seule erreur de fléchage dans le balisage à la chaux sur les 63km du parcours malgré un déluge biblique. Le d+ est plus difficile à définir, entre les 1700m annoncés officiellement, les 600m du GPS de Jean-Yves, qui n’aime peut être pas tant que ça les bains en altitude,  et les 1900m du mien (Strava corrigera à 2100m certainement avec exagération). On se dirige vers le bike-wash pour soulager nos machines : il y a un unique tuyau. Ben oui, c’est du jamais vu !! Ici on ne lave jamais les vélos, on les brosse pour faire tomber la poussière et le sable… Puis un gars du staff nous propose une dernière collation : une glace !! Vu les températures habituelles en cette saison il y a un congélateur remplit de gourmandises glacées en tout genre à notre disposition. L’année dernière il y a eu des évanouissements et des abandons à cause de la chaleur. Demain peut-être … Là je pourrais à moi seul tenir le congélo au frais. On salue les copains, dont seul Alain revient demain, et on les remercie encore pour leur bonne humeur qui a bien aidé à surmonter cette épreuve, puis, on file au gîte.

IMG_20160702_150325IMG_20160702_150332Pendant que l’inoxydable Jean-Yves, qui a pris goût aux trempettes sauvages, se plonge intégralement dans le petit torrent qui borde la propriété soit disant pour rincer sa tenue (je pense plutôt qu’il a été incarné en Terre-Neuve dans une vie antérieure), je me glisse directement sous une bonne douche bien chaude. Bonheur absolu ! Le temps s’est maintenant dégagé, le soleil a fait son apparition et chauffe enfin. Je prie pour qu’il sèche un peu le terrain. On soigne les spads et les fringues au mieux, Jean-Yves, dont la résistance aux intempéries n’a d’égal que le grand sourire qu’il affiche depuis ce matin, découvre finalement les bienfaits d’une eau à 37°C puis on fonce à Saverne : il nous faut 4 paires de plaquettes, une purge de frein arrière, la plupart des autres concurrents sont dans le même cas et il n’y a qu’un seul vélociste dans le coin, à 20km !! Schnell !

Le shop se situe à l’intérieur d’un grand magasin de jouets. Sisi. A droite, le rayon Playmobil, à gauche les plaquettes de freins. Il en reste juste le bon compte pour nous deux. Et le mécano, très compétent mais débordé, accepte de faire des heures sup pour purger mon frein. OUF !!!! On se ballade au centre ville sous un ciel radieux, on passe au château du Haut-Barr, puis, on décide de se faire un petit restau typiquement alsacien : un bon couscous. Le retour au gîte est nettement moins speed. J’ai du mal à me concentrer et la vitesse moyenne dans ces routes à lacets n’atteint pas les 40km/h. Nous remettons enfin nos montures en état puis, après que Jean-Yves, qui paie ses ablutions, ait achevé de ruiner les toilettes, nous nous affalons dans la banquette devant un Allemagne-Italie déjà bien entamé dont je ne verrai de toute façon rien du tout pour cause de sommeil profond.

IMG_20160702_190428IMG_20151024_112435 Fermez les yeux vite !!!

trop tard !!!

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Jour 2

7h. IL FAIT BEAU !!!!!!!! On déjeune toujours aussi copieusement et en route. On rejoint Alain et, très vite, on enquille sur un superbe single quasi sec. Die sonne scheint une die kleinen vögel singen in den bäumen. Ca commence très bien ! Les montures ne font plus aucun bruit, la mécanique tourne à merveille, les freins freinent et on attaque la première ascension.

IMG_20160704_091755IMG_20160704_085039-ANIMATION10 km non stop, la plupart du temps sur une monotrace sinueuse et joueuse pour rejoindre le premier ravito après 550m de d+ gravis le sourire au lèvre sur un terrain étonnamment sec. On boit un petit verre et on repart dans un interminable single ludique à en attraper des crampes aux zygomatiques. Pendant 15km, on virevolte à vive allure entre les racines et les pierres. Tout le monde est aux anges. Oubliées les conditions de la veille : aujourd’hui c’est soleil, terrain sec et singles à gogo. 90 % du tracé se résume à une succession d’ascensions, jamais monotones, sur des chemins étroits (j’essaie de ne pas écrire « singles » toutes les deux lignes mais c’est compliqué), tortueux et plaisants dans lesquels il faut gérer les marches naturelles, formées par des racines ou des pierres, et la pente parfois très forte, et de longues descentes en balcon sur des sentiers de 50cm de large incroyablement ludiques le tout en sous-bois, dans un trou de verdure où chante une rivière, accrochant follement aux herbes des haillons d’argent ; où le soleil, de la montagne fière, luit. Les montures restent propres et silencieuses tandis que le paysage défile et que, sous nos roues, un tapis d’aiguilles de pin émet un léger craquement. Sehr Gut !!

 

Les ravitos sont bien fournis et nombreux. L’un deux ressemble à un vin d’honneur de mariage et propose, entre autres, des brochettes de fruits frais et une fontaine de chocolat. Le fléchage est lui aussi parfait. Sur le parcours, fluide et sans le moindre bouchon, les gens sont détendus et sympas. On rencontre d’ailleurs un nordiste, qu’on suit désormais sur Strava.OLYMPUS DIGITAL CAMERAA chacun des arrêts, tout le monde se répand en superlatif pour essayer de qualifier ce tracé hors norme. Un bon génie aurait façonné la région autour de notre sport que ça n’étonnerait personne. Le piège est que les singles (oups…encore) sont tellement grisants que je m’amuse à relancer sans cesse et à ce petit jeux, ça finit par piquer un peu. Comme toujours Alain est très à son aise en montée comme en descente et Jean-Yves, hilare, avale la pente à tout allure.

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Le panneaux « encore 5km » arrive, déjà. Sur une voie barrée de gros troncs d’arbres couchés sur le chemin à un mètre de hauteur, nous croisons un extraterrestre qui les franchit en bunny-up tandis que nous les enjambons comme on peut, admiratifs. Une dernière série de raidars nous conduisent au château de Wangenbourg puis à l’arrivée. 70Km et 2000m de d+.

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Nous passons tous trois ensemble sous l’arche, accueillis chaleureusement avec une petite coupe de crémant d’Elsass. On discute avec les organisateurs comme si on était de vieux amis, on nous offre notre tee-shirt finisher puis on se dirige tranquillement vers le coin restauration pour profiter d’un petit repas bien mérité en se remémorant les passages les plus sympas.

elsass arrivéFaire ce raid en deux jours était vraiment la bonne formule. La distance quotidienne raisonnable a permis de lâcher les chevaux et de se faire plaisir sans craindre la défaillance fatale sur les longues distances. En bonus,comme la plupart des participants ce deuxième jour attaque par la boucle que nous avons fait la veille, il n’y avait vraiment pas foule sur le tracé.

On prend le temps de faire un tour des nombreux exposants présents sur la zone de départ en dégustant la fameuse glace déclinée la veille.

On salue bien bas notre Alain en lui donnant rendez-vous pour très bientôt et on redescend vers le gîte. Pas besoin de plonger dans la rivière cette fois-ci, les vélos sont nets en 10 minutes. On fait une pause farniente méritée devant le tour de France. Demain on remet ça !

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Jour 3

IMG_20160704_091837Un horaire de retour impératif nous contraint à nous limiter à une sortie de 2h. Suite à une discussion avec un des organisateurs nous avons décidé de refaire le début de la sortie de la veille puis de couper vers le gîte. Au programme donc une longue montée puis une fabuleuse descente et, enfin, une dernière liaison. Les jambes sont un peu lourdes et certains franchissements en force réussis la veille dans la première partie sont plus compliqués aujourd’hui. Nous arrivons cependant au sommet en prenant beaucoup de plaisir à slalomer entre les roches moussues et les racines. Le terrain est parfaitement sec. On s’élance alors dans la plus longue descente du raid avalée goulument à vive allure et, déjà, il est temps de faire demi-tour.

Nous reprenons un peu de d+ par la route qui serpente dans la forêt et nous fait penser que même en mode cyclo la région doit être vraiment agréable, puis, un dernier single repéré par Jean-Yves, nous fait redescendre pile devant chez nous avec une seule idée en tête : revenir au plus vite !!

 

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